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Closermag.fr : “Je ne réponds pas aux machos, je préfère les doubler !”

Par Coralie VincentLe 17 juin 2017 à 19h00






Certains hommes considèrent que la place d'une femme n'est pas au volant d'une voiture de course. Marine en a fait l'expérience. Mais leurs petites crasses ne parviendront pas à éteindre son sourire, ni ne l'empêcheront d'aller au bout de ses rêves.

Chaque fois qu'elle se glisse derrière le volant pour prendre le départ d'une compétition, Marine Pidoux ressent un pincement au cœur. Et les images de l'accident qui a failli lui coûter la vie, le 23 mars 2013, lui reviennent en mémoire. "La course venait de démarrer, raconte cette pilote de 33 ans, quand un concurrent m'a percutée par l'arrière à plus de 110 km/h." Sous l'impact, le bolide monte sur le véhicule de Marine, lui arrache son casque avant de venir s'écraser devant elle.

Le bilan est terrible : "Une clavicule fracturée, trois vertèbres écrasées et un traumatisme crânien... Je me suis réveillée dans un lit d'hôpital, paralysée et amnésique." Le choc la prive en effet de ses jambes et a effacé 40% de ses souvenirs. Un an plus tard, au prix d'efforts surhumains, la jeune femme marche. Plus important pour elle, sans doute : elle pilote à nouveau.



120 km/h en trois secondes

Marine avait 5 ans lorsque son père l'a assise dans un karting pour lui faire faire quelques tours de piste. Une passion était née, elle ne la quitterait plus. A 16 ans, elle découvre ses premiers circuits en participant au championnat de France en Renault Clio, tout en continuant le karting. "Catégorie 125 à boîte, s'amuse-t-elle, des petits engins qui montent à 120 km/h en trois secondes, avec des passages de rapports très rapides."

Après deux titres de vice-championne de France de vitesse en Clio, elle accède à la catégorie Super Tourisme GT Tour, l'un des plus importants championnats nationaux, où elle affronte des pilotes professionnels chevronnés... "J'étais fière de rouler avec eux", dit-elle. Hélas, la médaille a son revers. Marine, depuis ses débuts, a l'habitude d'être la seule femme du circuit et d'essuyer des blagues sexistes.


Certains concurrents masculins feignent de l'ignorer

"La plupart des hommes considèrent qu'une fille n'a pas sa place dans une voiture de course. Quand j'étais plus jeune, je n'y faisais même pas attention." Le machisme sur les circuits n'a rien d'une légende. En 2011, la Fédération Internationale de l'Automobile a nommé l'ancienne championne de rallyes Michèle Mouton à la tête d'une commission destinée à aider et promouvoir les femmes dans le sport mécanique.

Sur 5.000 licenciés, on ne compte en effet que 9% de femmes... Marine, elle, doit faire face au mépris de certains concurrents masculins qui feignent de l'ignorer et ne la saluent même pas. D'autres, plus vicieux, n'hésitent pas à taper le pare-chocs de sa voiture pendant la course pour l'intimider.


"Tu vas te prendre un mur et on sera débarrassés de toi"

Et parmi les nombreux messages d'encouragements qu'elle reçoit sur les réseaux sociaux qu'elle utilise pour trouver des sponsors, elle découvre aussi quelques "gentillesses", anonymes, bien sûr. "On me conseille de faire plutôt de la danse, on me rappelle que la place d'une femme est à la cuisine, et puis le classique «femme au volant : la mort au tournant»." Certains dépassent la ligne blanche : "Tu vas te prendre un mur un jour et on sera débarrassés de toi." Peu importe. Marine déploie toute son énergie pour vivre sa passion. "Le sport automobile coûte cher, concède-t-elle. Je démarche moi-même mes sponsors. Pour récolter des fonds, j'organise des financements participatifs, j'ai créé une association, Marine Pidoux Racing, afin de vendre des posters ou des calendriers... Je réalise aussi des vidéos promotionnelles et j'anim